Fils de guerre

Ex-Yougoslavie. Dans un camp de réfugiés, de janvier à avril 1996, le jeune Jozef confie son histoire. Celle d'un jeune garçon de 12 ans pris dans la fureur de la guerre.

Jozef habite dans un village perdu au coeur des montagnes. Il vit de peu, entouré de ses parents et de son grand frère Tadéus. Tout s'effondre le jour de la naissance de sa soeur. La petite Nahalia nait avec une tache de vin sur le bras, signe de malédiction et d'infamie. A partir de là, toutes les catastrophes qui s'abattent sur le village (sécheresse, incendie) sont reprochées à cette famille et Jozef devient le bouc émissaire de ses petits camarades. Au loin, la guerre gronde, encore une vague inquiétude pour cette petite communauté, jusqu'au jour où les hommes de la Poliet débarquent. Tous les hommes valides doivent sur le champ rejoindre le front pour le "bien de la nation". Un seul manque à l'appel, l'instituteur du village, Aloïs Vlassian, qui a rejoint la maquis.

Au fur et à mesure des jours, la guerre se rapproche et la famille, mise à l'écart du reste du village, doit s'exiler dans la montagne. Tadéus reproche à sa mère la venue de cette petite soeur. Il devient de plus en plus agressif, dénonce les maquisards et à 15 ans est enrôlé dans l'armée. Devenu sergent quelques semaines plus tard, c'est lui qui viendra chercher les enfants du village, dont le petit Jozef, pour en faire un enfant-soldat, un de ceux qui seront envoyés en première ligne, [comme "engins" de déminage pour permettre aux troupes de contre-attaque de passer].

J'ai lu ce livre d'une traite et je l'ai refermé la gorge nouée. La tension qui pèse sur le petit Jozef est palpable et croissante au fil des pages : haine de ses camarades et des villageois, départ de son père sans un regard, fureur des éléments : sècheresse, incendie, puis tempête de neige et froid comme un prémice aux horreurs de la guerre qu'il va subir. Comment se reconstruire ? Quel avenir pour ces enfants ?

Préambule de l'auteur : "je n'ai jamais rencontré Jozef, l'adolescent qui est au coeur de ce roman. C'est en refermant un livre bouleversant sur les jeunes combattants du conflit Irak-Iran, en 1980, que j'ai pour la première fois pensé à son personnage. Jozef n'était alors qu'une silhouette assez floue qui, peu à peu, a pris vie au fil de mes recherches. Mais surtout, il s'est enrichi d'une rencontre imprévue avec quelques collégiens dont les familles avaient fui l'ex-Yougoslavie en guerre. Jozef a gagné ce jour là sa raison d'être. S'il est comme on dit, le fruit de mon imagination, certains en conclueront qu'il n'existe pas. Erreur ! Il est bien vivant. Des centaines de milliers de Jozef sont bien vivants. Là, quelque part dans le monde, à portée d'avion, ils sont les trop jeunes otages d'un pays en guerre. De ces pays dont le nom revient quelques jours durant ou quelques semaines. Et puis, insensiblement, presque malgré nous, les images s'effacent et les noms s'oublient jusqu'à n'être plus que de vagues souvenirs. Et cependant, Jozef est toujours là, lui, à tenter de survivre dans cette région imprécise des Balkans où se situe son histoire. Mais ce pourrait être aussi bien au Congo qu'en Iran, au Cambodge qu'en Algérie, au Kosovo ou bien ailleurs. Loin de cet oubli, ce que veulent tous les Jozef, c'est vivre. Tout simplement.

Fils de guerre / Xavier-Laurent Petit. Ecole des Loisirs (Médium), 1999.