07 juillet 2008
Alba, correspondance à une voix / Anne de Basher
Années 60 - Roxane et Alba se rencontrent dans un austère pensionnat gérée par des soeurs. La jeune Roxanne trouve enfin une amie intéressante, cultivée et dont la compagnie se révèle un doux moment de complicité dans ce lieu où tout éclair de génie, d'ouverture et d'excentricité féminines est banni. Malheureusement, Alba, fille de dignitaire, quitte bien vite Roxanne pour rejoindre l'Amérique du Sud. A travers ses pensées et sa correspondance avec son amie, Roxanne nous fait part de sa vie, de ses rencontres et des caractères des personnages féminins qui l'entourent. Après avoir obtenu son baccalauréat, elle décide de poursuivre des études littéraires à la Sorbonne. Malgré le refus de son père, ancien militaire, elle quitte la propriété familiale basée dans le vignoble nantais pour rejoindre sa tante Millie à Paris. Passant rapidement sur ses études, qu'elle trouve somme toute ennuyeuses, c'est autour du personnage de sa tante et de son amie Zaskia, que se concentre l'histoire. Ces deux personnes se sont rencontrées pendant la seconde guerre mondiale. Roxanne découvre ainsi que sa tante s'est très vite engagée dans la lutte armée contre l'occupant nazie. Femme de caractère, pionnière, elle a participé à de nombreux sabotages réussis.
Roxanne est très admirative, elle connaît finalement peu de choses sur sa tante et son amie, Zaskia, dont la famille a été exterminée pendant la guerre. Cette dernière, grande physicienne, parcourt le monde, de conférences en conférences. Passionnée de musique classique, elle initie Roxanne à cet art. D'ailleurs, une missive d'Alba invite la jeune femme à aller écouter une de ces amies, pianiste talentueuse, Salomé F. Lors de ce récital, Roxane tombe tout de suite amoureuse. Salomé F. l'invite à diner et les deux jeunes femmes ne vont plus se quitter. A chaque retour de concert qui oblige Salomé à parocurir toute l'Europe, elles se retrouvent pour vivre leur amour, malgré les regards plutôt étonnés et choqués des personnes qu'elles croisent (n'oublions pas que nous sommes dans les années 60'). Mais ce bonheur est de bien courte durée puisque la jeune pianiste périt dans un terrible accident d'avion. Roxane, inconsolable, tombe malade et rejoint la propriété familiale pour se faire soigner par ses proches.
Résumé un peu long et incomplet au vue de la richesse de ce roman. Nombre de personnages, de rencontres et d'évènements émaillent la vie de la jeune Roxanne, dont le parcours est pour le moins atypique et décalée, à l'heure où les adolescents et jeunes adulte de son âge (dans les années 60) savourent leur jeunesse. Ici, c'est le portrait d'une jeune femme cultivée, épris de littérature et de musique classique, de vieilles pierre et de bons vins, passionnée par l'équitation, et entourée quasi-exclusivement de femmes, qui nous est brossé. A travers ce roman, c'est un hommage aux femmes, insoumises, libres de leur sexualité, de toute domination masculine qui nous est proposé, dans un style très soigné, voire académique. J'ai apprécié la richesse avec laquelle l'auteure présente chaque personnage, même si l'orientation pro-féminine des discours de chacune m'a parfois gênée. La seconde partie, après l'accident de Salomé et le retour de Roxane dans son fief, m'a semblé moins enlevée et m'a beaucoup moins plu. Mais dans l'ensemble, je garde un bon souvenir de cette lecture, qui m'a surprise, tant dans le style de l'écriture que dans la tonalité de l'histoire.
Merci aux éditions des femmes de m'avoir offert cet ouvrage et merci au site Babelio.com pour l'organisation de l'opération masse-critique auquelle je participe pour la première fois.
Commentaires
Un peu trop classique à mon goût mais pourquoi pas.
comme cathulu, je pense que c'est trop classique pr moi!
Très beau billet, il me semble passionnant ce livre, j'en prends note pour plus tard ! Merci Flo et bonne journée !
Peut-être trop classique, mais moi les héroînes féministes m'attirent irresistiblement. Alors pourquoi pas? Je le note dans un coin de ma tête.
Je suis assez tentée mais je ne suis pas sûre de le trouver à la biblio ... je n'ai jamais vu cette maison d'édition nulle part !
Long comme l'éternité, le souffle en moins...
Les 569 pages d'Anne de Bascher sont "d'une plume soignée" dit la 4ème de couverture, que je parierais écrite par l'auteur elle-même (pardon pour l'absence de "e" au mot "auteur", je ne m'y résous toujours pas, et ce n'est pas faute de soutenir et partager les combats des femmes quand ils visent une vraie liberté).
Je dirais plutôt cette plume appliquée, pire : convenue. Irréprochable sur un plan purement grammatical, certes - et Anne de Bascher s'en fait gloire sans ambiguïté dans son discours du quotidien, elle qui tend à se penser dernière représentante de la "belle écriture" dans un siècle naufragé - mais sans le moindre souffle ni originalité, sans poésie ni émotion.
Plusieurs commentaires disent ce style "classique". Oh non, il n'est pas classique, il est seulement plat car besogneux, ennuyeux car froid, un brin irritant sur la durée. N'est pas Chateaubriand qui veut.
Ce pourrait, finalement, être un défaut surmontable pour les lecteurs si le contenu du livre ne se résumait (manière de parler vu l'épaisseur du volume - en centimètres, veux-je dire - et encore l'éditeur a-t-il du nous en soustraire une ou deux centaines de pages excédentaires sur le manuscrit originel), si le fond ne se limitait donc à une sorte de catalogue ininterrompu d'autosatisfaction pompeuse et ampoulée, où chaque personnage féminin - les deux principaux pour le moins - pense, parle, agit, plastronne et claironne dans l'unique souci de bétonner le socle de la statue qu'Anne de Bascher veut s'ériger à elle-même, en habit de passionaria vendéenne des temps modernes.
Je respecte beaucoup Anne de Bascher pour ses idées et son action d'antan pour les droits des femmes, leur liberté, et pas qu'en matière d'orientation sexuelle.
Je ne doute pas un instant qu'Anne de Bascher n'ait beaucoup de choses à nous dire, à nous faire partager, à nous apprendre, choses tirées de sa vie et de son parcours.
J'apprécie Anne de Bascher comme écrivain pour son récit "Dilemma" paru en 1992.
Je regrette d'autant plus vivement qu'elle ait perdu aujourd'hui cette langue âpre et rude, expressive et constellée d'émotions, belle et chaude de concision, émouvante en un mot, qu'elle avait su manier il y a plus de quinze ans.
Je déplore tout autant qu'elle se soit complu dans cet exercice stérile d'autoproclamation rétrospective.
Puisse-t-elle un jour nous faire partager son expérience, son vécu, avec la même passion pourvoyeuse d'empathie que celle qui lui fit écrire "Dilemma".
Vous qui, comme moi, avez toujours jugé la gente féminine homosexuelle lourde, sans attrait, vulgaire du genre camionneuse, courrez vite chez votre libraire le plus proche acheter "ALBA, correspondance à une voix" d'Anne de BASCHER.
Toutes vos idées seront chamboulées quand vous découvrirez avec Roxane, Tante Millie, Zaskia, Salomé, Scillie et les autres : l'intelligence, la finesse d'esprit, le courage, l'humour, le goût et la beauté dans ce roman plein de poésie au style irréprochable dans lequel la romancière brosse des portraits féminins mais aussi masculins d'une force et d'un réalisme exceptionnels.
"Bobo-Macho-Hétéro"
J'étais un mec de l'espèce "Bobo-Macho-Hétéro".
J'emploie volontairement l'imparfait, car la lecture d'un nouveau roman - ALBA, correspondance à une voix- de Anne de BASCHER, a provoqué en moi un tsunami mental, une remise en cause radicale de la perception que j'avais des femmes jusqu'ici.
Comment la romancière a-t-elle réussi cet exploit ? Sûrement par la maîtrise de sa plume concise et riche autant que par la forte personnalité de ses héroïnes : des sacrées nanas qui ont en commun une tête, des dons, un farouche esprit d'indépendance, du coeur et un humour acéré.
J'ai particulièrement apprécié les échanges entre un hobereau catho-réac et sa fille, une gamine rebelle avant l'heure. La manière dont elle mouche son père n'est pas triste ! Et que dire de la scène conjugale où l'épouse règle ses comptes avec son mari-le même individu : un morceau d'anthologie à mettre entre toutes les mains de ceux et celles qui croient encore que la vie de château est idyllique alors qu'elle peut être une prison dorée et le creuset de révoltes justifiées.
C'est aussi la première fois que je lis un roman où les hommes n'occupent pas le devant de la scène sans être pour autant absents et vains. Au début cela m'a un peu agacé, mais le charme de la lecture opérant, j'ai vite senti que la romancière a voulu brosser un idéal masculin que l'on ne rencontre sans doute que dans une fiction. Mais le plus important pour moi n'est pas là. Il est dans la qualité d'une saga passionnante où l'on apprend plein de choses dans des domaines très variés. Il est dans la beauté et la délicatesse des sentiments qui lient les personnages féminins, aussi bien dans le registre amical qu'amoureux. Car les demoiselles s'aiment coeur à coeur et coeur à corps et d'une manière telle que l'on ne peut que s'incliner avec respect.
Je recommande donc ce livre magnifique, dense et puissant à tous les machos-bobos-bling-bling, hétéros ou homos pour qu'ils s'inscrivent au plus vite au club des gentilshommes et des hommes gentils.
Je tire mon chapeau à la romancière qui a su me toucher et faire voler en éclats mes préjugés et comportements dinosauriens.
Je salue aussi les Editions de Femmes pour avoir publié ce roman. Je croyais aimer les femmes, maintenant (à 36 ans), je vais apprendre.
DU PUR BONHEUR !
Inège (non membre)
11/08/2008 - 11:33
DU PUR BONHEUR !
Voilà un livre qui ne peut laisser indifférent. De ceux qui contribuent à remuer les mentalités…
J’aurais aimé me couler entre chaque mot de chaque ligne, me glisser dans le papier pour rejoindre ces héroïnes (et héros) qui jalonnent ce roman empreint d’une subtilité recherchée.
D’un style châtié, la romancière nous peint un tableau de maître en nous dépeignant des femmes qui s’impliquent. Des femmes qui s’imposent et qui en imposent.
Les hommes ne sont pas en reste, il y a dans les passages relantant la guerre 39-45 des hommes généreux , attachants et téméraires.
Car tout au long de ce livre pour le moins captivant l’éloquence est là, et le déroulement de l’histoire nous apprend nombre de choses surprenantes. La trame de ce livre est forgée par des faits et gestes de personnages faisant preuve de courage, d’audace, de générosité, de tendresse ou forces et fragilités se mêlent . En résumé : des femmes d’une sacrée trempe ! Ce texte parfois fougueux est comme autant de notes égrenées conduisant à une superbe symphonie que l’écrivain-chef d’orchestre dirige avec brio.
Extrait :
« Le récital devait commence par les Etudes de Chopin et dès les premières notes exécutées avec autant de précision que de délicatesse –sans l’ombre d’une mièvrerie- les battements de mon cœur s’accélérèrent en même temps que je ressentis dans tout mon être un trouble jamais éprouvé auparavant. Je n’écoutais plus la musique. Mon regard allait de ce beau profil aquilin aux longues mains fines qui couraient sur le clavier, alors que le buste demeurait parfaitement droit. J’étais sous le choc et ne fus pas la seule, car aux dernières notes des Etudes, les applaudissements furent tels que l’interprète fut rappelée à plusieurs reprises. »
-.-.-.-.-
J’ai plongé dans ce livre avec délice et quand, au point final, j’ai refait surface avec regret, j’étais littéralement subjuguée. Un bel ouvrage, bien construit.
Voici de quoi réaliser une jolie saga télévisée. A découvrir absolument.
Pour conclure en termes dithyrambiques : MAGISTRAL ! SUBLIME !
un envoûtement total
J'ai aimé les personnages assez réels de ce livre, dont certains m'ont surprise par leurs qualités de coeur, de courage, d'engagement. Un véritable univers contrastant avec l'ambiance de notre époque où toutes les choses, les relations entre les êtres, tendent à se banaliser.
Située dans un monde rigide et assez clos, la noblesse française, et dans une époque où fleurissaient les interdits, les années 60, l'intrigue est d'autant plus savoureuse puisqu'elle livre le parcours d'une jeune femme en devenir, douée d'une sensibilité hors des conventions. Une demoiselle charmante qui, pour se construire, devra affirmer une énorme personnalité car confrontée à un monde marqué et régi par les hommes exclusivement. Et par la conquête d'elle-même et de sa liberté, elle aura le talent de savoir reconnaître très vite ses véritables alliés ; parmi ceux-ci, ses consoeurs, les femmes, deviendront essentielles à sa propre existence.
Un parcours initiatique que j'ai suivi avec grande tendresse et émotion je l'avoue. Car les histoires entre femmes ne sont jamais simples... Mais lorsque ces dames se cherchent et qu'elles se trouvent, c'est l'apothéose, le nirvana !!! du moins dans ce livre qui le raconte si bien... et ça, c'est très rare. Je tenais à le dire.
UNE FIERE CHANDELLE
J’aime les femmes depuis toujours. J’ai vingt-six ans.
Je les aime en souffrant. Non de mes penchants qui m’apportent les plus grandes joies, mais du rejet de ma mère (mon père est décédé) dont je suis l’unique fille. Elle voulait un gendre et surtout des petits-enfants. Je souffrais parce que j’aime ma mère aussi.
Pour son dernier anniversaire, je lui ai offert le nouveau roman de Anne de Bascher, ALBA, correspondance à une voix . Avec ce mot : « Si tu ne peux comprendre ta fille et ses choix de vie, peut-être comprendras-tu les filles de ce roman ».
Quelques temps après, elle m’invite à passer la voir. Je m’attendais au pire, car elle est du genre buté et très à cheval sur les principes catho-traditionnels qu’on lui a inculqués, mais qu’elle n’a pu me transmettre. Elle me dit d’abord : « Je viens de terminer le livre que tu m’as offert ». Puis elle m’a prise dans ses bras en pleurant et en murmurant la seule chose que j’attendais d’elle : « Tu es ma fille et je t’aime comme tu es ». On a pleuré toutes les deux.
Je souhaite donc à d’autre mères qui ont mis au monde des filles « comme ça » et qui en sont outrées ou affligées au nom d’une religion toujours misogyne et homophobe, de lire ALBA. Livre qui peut ouvrir les esprits et les cœurs les plus fermés et auquel je dois personnellement d’avoir (re)trouvé ma mère.
Un simple merci à l’auteure serait trop faible pour lui exprimer ma reconnaissance infinie.
L'AMOUR COURTOIS, LA FIEVRE EN PLUS !
Si c'est ça l'amour entre femmes tel que le décrit Anne de BASCHER dans son très beau livre "ALBA, correspondance à une voix", alors moi, l'hétéro qui se croyait incorrigible, vais sûrement me convertir pour ne pas mourir idiote !
Je ne plaisante pas du tout. J'ai été plus que touchée par les liens amoureux entre Roxane et Salomé, puis entre l'héroïne et Scilly, ce deuxième amour venant après un drame qui m'a fait pleurer.
Ce qui m'a particulièrement plu c'est, qu'ici,le désir que l'on sent très fort de part et d'autre, est indissociable des sentiments, ce qui me manque cruellement. j'en veux à mes amants de me réduire à un objet sexuel, de ne pas s'impliquer sentimentalement, d'avoir peur de s'attacher, d'assouvir leur envie sans les précéder et les suivre d'attentions.
Là, dans le roman de Anne de BASCHER, c'est tout le contraire : L'amour courtois, la fièvre en plus. Et quelle fièvre ! Délicate et forte, raffinée et animale, subtile et inventive, et, surtout, suggestive. Rien à voir avec d'autres livres sur le même sujet, que j'avais trouvé trop mièvres ou trop crus et qui n'avaient éveillé en moi qu'une curiosité déçue.
Bref, ces demoiselles d'ALBA, aux grâces et dons multiples m'ont chavirée et je comprends mieux pourquoi certaines de mes copines ont déjà viré leur cuti -sans retour-.
reserves
Je n'ai pas lu le bouquin de ma cousine car j'avais trouvé Dilemna nul. A tort ou à raIson... Ceci dit je regrette qu'Anne reserve son engagement et son respect pour les autres femmes à la seule sphère publique et bling bling
reserves
Je n'ai pas lu cet ouvrage de ma cousine car j'ai pas aimé Dilemna. A tort ou à raison ... Néanmoins je regrette que cet auteur reserve son engagement et son respect pour les autres femmes à la seule sphère publique. Et qu'elle fasse un portrait de son père- un homme remarquable _ injuste.
Le meilleur roman lesbien que j'ai pu lire jusqu'ici!
Un grand merci à Anne de Basher pour son travail et les heures de plaisir à la lecture de son ouvrage.
LE roman de femmes que j'attendais
Merci à Anne de Bascher pour ce beau voyage à travers ces trois univers, celui d'une époque et d'un combat, celui d'un véritable amour et celui d'une femme et sa terre. Que de courage, que d'émotion et que de passion... C'est avec impatience que j'attends le prochain !!!
Bravo! Madame!
J'ai trouvé par hasard votre livre "Dilemma" dans le quartier du Marais...je l'ai lu avec un très grand plaisir...comme pour la première fois à l'adolescence ou j'ai lu "Bonjour tristesse" de F.Sagan...je commence juste de lire "Alba"...et moi qui lis peu je dévore vos livres avec passion...merci Madame...
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