04 novembre 2009
La Perrita / Isabelle Condou
Elles sont deux femmes à attendre avec impatience et angoisse l'arrivée d'une même jeune femme qui représente tout pour elles. Ernestina attend sa Rosa depuis 18 ans, depuis que son fils, Juan, et sa belle-fille enceinte ont disparus pendant la dictature en Argentine. Violetta attend sa fille "adoptive", Malvina, celle qu'elle a élevée grâce à son mari militaire et malgré les regards sans appel de son propre père.
On côtoie tour à tour ces deux femmes, leur douleur, leurs regrets, leurs luttes aussi contre elles-mêmes ou contre les autres. A travers leurs mots et leurs désespoirs, j'ai découvert toute l'horreur que la dictature en Argentine a pu faire subir aux femmes, des deux côtés de la barrière. Même si parfois j'aurai bien giflé Violetta devant son absence de réaction, devant son refus d'accepter la vérité malgré le malaise sous-jacent qu'elle vit au quotidien.
"Ernestina arracha le foulard qui l'étouffait. Chez elle, la poussière tapissait désormais les meubles des fois que parmi les grains se soit déposée une cendre de Juan. Parfois, ces derniers temps, Ernestina avait regardé les étals de crabes et de poissons en se demandant si leur chair ne s'était pas nourrie de celle de son fils. Quand avait-elle su, au fond, qu'il était mort? Depuis que les murmures s'étaient changés en témoignages? Depuis que les détails de l'abattage monstrueux tapissaient les journaux qui avaient retrouvé la parole? Non. Juan était mort la nuit où elle avait cessé de guetter un bruit de serrure à la porte, le jour où elle n'avait pas couru décrocher le téléphone, le matin où elle était sortie en éteignant la cafetière (...). Bien sûr que Juan était mort, à présente lle se l'avouait, seulement là-bas le corbillard s'éloignait tandis qu'elle ne pouvait pas le suivre. Elle pouvait bien lever la tête, on ne dépose pas une gerbe de fleurs sur un morceau de ciel." p.172
Un très bon roman, très fort, à la fois pudique et subtil, comme je les aime. Un auteur que je souhaite relire, sans aucun doute.
La Perrita / Isabelle Condou. Plon, 2009 .
Le superbe billet d'Antigone qui en parle bien mieux que moi, ceux de Cuné et de Cathulu
Challenge 1% littéraire : 2/7


