28 mai 2008
Grâce et dénuement / Alice Ferney

Esther est bibliothécaire. Par un matin froid et humide, elle débarque au milieu des misérables caravanes d'une famille gitane pour lire des histoires aux enfants. Peu à peu, avec délicatesse et patience, elle se fait accepter par les parents et la vieille Anjeline qui règne sur ce petit monde. Esther découvre alors la réalité quotidienne de cette famille : les fils sans travail, la promiscuité, le froid, la violence, la saleté...Mais, les mots vont les rapprocher : les mots qui sortent de la bouche d'Anjeline, simples et touchants sur ce monde qui les entoure et les renie, sur le quotidien difficile mais le bonheur d'être en famille avec ses petits; les mots échappés de ces lectures que l'on revisite avec eux, qui émerveillent les plus jeunes et qui attirent les adultes. Esther écoute, ne juge jamais, même si on sent bien qu'elle s'étonne du fatalisme avec lequel mères, pères et enfants acceptent leur sort et leur destin.
Je découvre Alice Ferney avec ce titre et je ne suis pas déçue. C'est un très beau texte, simple, sensible qui ne verse jamais dans le pathos et qui sait mettre en lumière les sentiments et émotions de chaque personnage.
Grâce et dénuement / Alice Ferney. Actes Sud, 1997 (existe aussi en poche dans la collection Babel)
13 mai 2008
je ne suis pas très loin mais...
...mais je suis débordée !! Je n'ai pas trop le temps de poster des billets en ce moment mais je continue mes lectures.
Bref résumé :
Le Ventre de l'Atlantique de Fatou Diome : Sallie a quitté le Sénégal pour la France où elle s'est installée à Strasbourg. Elle a laissé au pays sa grand mère et son jeune frère. Ce dernier rêve de rejoindre à son tour la France et ambitionne de devenir un grand footballeur, comme son idole, Maldini, dont il suit les rencontres sportives sur la seule télé (capricieuse) du village. Face à l'enthousiasme et l'impatience de Madické, l'idée qu'il se fait de la France, Sallie tente de lui faire comprendre quelle est la dure réalité des jeunes africains immigrés.
Malgré quelques longueurs (notamment "footballistiques"), ce roman est à découvrir pour la plume de cette jeune auteure, pour la vision qu'elle apporte sur la situation et l'attente des personnes restées au pays et la solitude et les doutes de ceux qui en sont partis.
Les yeux jaunes du crocodiles / Katherine Pancol : Joséphine vit dans la banlieue parisienne, entourée de ses 2 filles, Hortense et Zoé. Chercheuse au CNRS, spécialisée sur l'histoire du Moyen-Age, son mari Antoine vient de la quitter. Joséphine se sent moche, abandonnée, demande comment elle va faire pour gérer sa vie et comment surtout elle va la financer. Iris, sa soeur aînée, vit au coeur de Paris, elle a épousé un brillant avocat en droit international, vit dans le luxe et la paresse mais s'ennuie ferme. Rêvant de devenir quelqu'un apprécié pour ses qualités et non pas en tant que femme de.., elle décide de proposer un marché à sa soeur : Joséphine va écrire un roman historique pour le compte d'Iris qui lui reversera l'ensemble des gains. A l'une, de quoi vivre confortablement et régler (enfin) les dettes de son ex-mari, à l'autre, la gloire et la lumière. Autour d'elles gravitent maris, enfants, parents, amis : chacun avec ses angoisses, ses secrets et ses espoirs.
Voilà un roman saga : chroniques familiales avec la mère exécrable; deux soeurs, l'une fourbe, l'autre naïve; le mari, lâche et complétement largué; la fille adolescente rebelle; la bonne copine toujours là quand il faut mais traînant un lourd secret. Bref, une galerie de personnages haut en couleurs dont on suit les péripéties quotidiennes. Un roman "détente", certes une lecture agréable, mais dont j'ai trouvé les ficelles un peu grosses au fur et à mesure que j'avançais ma lecture.
24 avril 2008
Mercedes / Florence Bernheim
Premier roman pour cette auteure éditée à L'Escarbille, maison d'édition nantaise et associative.
A travers ce court roman, on découvre Mercedes, jeune femme mariée, chômeuse depuis peu et qui tente d'écrire son premier roman. Mais la vie n'est pas simple : sa voisine du dessus fraîchement emménagée, décide de se lancer dans des travaux jusqu'à pas d'heure et sa voisine d'en dessous, une mamie oubliée des siens, lui demande son aide. Son roman est donc loin de voir le jour. Mercedes vit avec Vincent, un moniteur d'auto école, sympa mais taciturne et peu bavard. Bref, sa vie tourne autour de ce petit monde. A celà s'ajoute une enfance tumultueuse entre une mère dépressive, un père alcoolique et un frangin qui passe une partie du temps en prison.
Beaucoup d'élements dans ce roman qui aurait pu être pertinent mais malgré un début prometteur (les errances et les questionnements d'une jeune femme), je me suis lassée bien vite. Aucun lien entre les différents évènements, des pistes lancées : la question de l'enfance, l'égarement de l'écrivain, la solitude mais survolées ou vite oubliées. Comme si l'auteur n'avait pas vraiment su lesquelles réellement creusées. Dommage !
Mercedes / Florence Bernheim. L'EScarbille, 2001.
22 avril 2008
No et moi / Delphine de Vigan
Lou, 13 ans, est déjà au lycée. Adolescente surdouée et effacée, elle vit seule avec ses parents dans le silence d'un drame qui a fait éclater le cocon familial. Sa petite soeur Taîs est morte bébé et sa mère vit recluse dans sa douleur. Tout bascule le jour où Lou rencontre No, une jeune SDF, qu'elle décide d'interviewer pour un exposé. Les deux jeunes filles vont doucement s'apprivoiser, Lou va découvrir un monde inconnu, celui de la rue, de la survie, à 2 pas de chez elle. Elle décide de faire quelque chose et convainc ses parents d'accueillir No chez elle. Au début, tout va pour le mieux : Nolwenn (No) retrouve un rythme de vie, un travail, sa présence ramène peu à peu la mère de Lou à la vie. Mais, bien vite, la jeune femme s'efface à nouveau, sombre dans l'alcool...
Curieuse de découvrir ce roman apprécié de beaucoup, mon avis est plutôt mitigé. Une ado qui vient en aide à cette jeune SDF si facilement me paraît peu crédible et assez simplifié. Cela me semble plutôt un joli conte bien amené mais finalement, j'aurais aimé quelque chose de plus "creusé".
No et moi / Delphine de Vigan. Lattès, 2007.
18 avril 2008
Basile et Massue / Arnaud Le Gouëfflec

Basile et Massue vivent à Brest. Compagnons inséparables, ils ont installé leurs quartiers dans le bar de Bison et Fernande, Le National, où ils vident verres sur verres en compagnie de Mireille, Firmin et d'autres buveurs invétérés. Noyer sa solitude et son mal-être dans l'alcool, s'enivrer jusqu'à s'oublier : voilà leur quotidien. Jusqu'au jour où Basile et Massue croisent Jussieu. Massue, si sûr de lui, devient blême et cherche à tout prix à éviter cet homme qui les suit de loin. Quel secret se cache derrière ces deux hommes ? Basile s'interroge et sent bien que son compagnon change. Rien ne va plus au National, la douce et belle Fernande devient l'ombre d'elle même et Bison vide encore plus vite les bouteilles du bar.
J'ai beaucoup aimé ! Les personnages, englués dans leur solitude et leur "non-vie", l'ambiance pesante mais à la fois attirante, la ville de Brest omniprésente, le déroulement de cette histoire racontée par Basile. C'est particulier : on peut être vite "saoulé" par ces histoires d'ivrognes mais j'y ai trouvé une vraie humanité.
Basile et Massue / Arnaud Le Gouëfflec - L'Escarbille, 2004
Le club lecture de la médiathèque reçoit les éditions nantaises L'Escarbille au mois de mai. Leur originalité : ne publier que des premiers romans. Je découvre actuellement leur catalogue. A très vite donc avec d'autres titres de cette maison.
03 avril 2008
Le petit prince cannibale / Françoise Lefèvre

Suite aux billets enthousiastes d'Anne et de Florinette, j'ai découvert à mon tour Françoise Lefèvre avec ce court roman. L'histoire est bouleversante. A la fois mère et écrivain, la narratrice est tiraillée entre l'amour et le temps que demande son fils autiste et le roman en gestation qu'elle n'en finit pas d'écrire. Il s'agit du destin tragique de Blanche, chanteuse classique en pleine gloire mais ravagée, rongée par un cancer de la peau terrifiant. Cette jeune mère ne peut se plonger dans l'histoire de cette cantatrice que quelques instants avant que la réalité du quotidien la rattrape. Son fils, Jean, ne lui laisse aucun répit. Et cette mère lutte, seule et acharnée, contre son handicap. A force d'amour et de patience, elle espère sortir son fils de cette "bulle" où il se renferme, même si elle doit y laisser toutes ces forces. De petites victoires en régressions, ces journées sont rythmées par les progrès et les "crises" de son fils.
Ce roman est remarquable. C'est un véritable cri d'amour d'une mère, qui s'oublie complètement pour "sauver" son fils. Elle seule peut savoir à travers les yeux de son enfant ce qu'il attend, ce qu'il peut accepter, ce qu'il peut partager. Inspirée par sa propre histoire, Françoise Lefèvre nous offre là une part de son intimité. J'ai été happée littéralement par la force de son écriture.
Le Petit Prince cannibale / Françoise Lefèvre. Actes Sud, 1990.
L'Avis de Sylire
18 décembre 2007
Le dernier frère / Nathacha Appanah
Raj a maintenant 70 ans. Au soir de sa vie, il revient sur son enfance miséreuse : un père violent et alcoolique, deux frères disparus très jeunes lors d'un cyclone où lui seul survécu et sa rencontre avec David, 10 ans, orphelin rescapé du génocide juif mais refoulé comme des milliers d'autres d'Israël et "emprisonné" à l'Ile Maurice.
C'est cette rencontre avec cet enfant blond, si fragile, qui sauve le petit Raj de sa solitude, de son accablement depuis la mort de ses frères. David sait le comprendre, David décide de fuir avec lui, il devient ce demi-frère que Raj désire tant. Du haut de ses 9 ans, Raj pense pouvoir protéger et défendre ce frère arrivé miraculeusement dans sa vie. Mais on est bien naïf à cet âge et le destin en décidera autrement.
Soixante ans après, le vieil homme est toujours profondément affecté par le lien tissé avec David et se sent toujours aussi coupable de sa mort.
J'ai découvert Nathacha Appanah avec "Les noces d'Anna" et j'ai apprécié sa description des relations mère/fille qui m'a beaucoup parlé.
Par contre, J'ai un sentiment mitigé pour ce dernier titre. L'histoire du jeune Raj et du petit David est poignante. On est touché par la solitude extrême de ces deux enfants et le poids qui pèsent sur leurs épaules. L'ambiance est très pesante : une forêt sombre et omniprésente, des cyclones qui détruisent tout sur leur passage. Certaines longueurs et redondances "alourdissent" encore plus ce sentiment et cela m'a gêné à plusieurs reprises dans cette lecture et cela m'a un peu lassée.
Cependant, il est indéniable que cette auteure a un vrai talent.
Les avis très positifs de Mireille et de Clochette et l'avis plus partagé de Clarabel.
Le dernier frère / Nathacha Appanah. L'Olivier, 2007
04 décembre 2007
La Petite fille de Monsieur Linh / Philippe Claudel
Monsieur Linh doit fuir son pays en guerre. Ce vieil homme débarque avec une valise légère et sa petite fille de 6 semaines dans un pays inconnu. Un pays où tout est gris, où les gens courent sans cesse, où il y a trop de bruits.
Monsieur Linh se sent seul et perdu, il se rattache aux doux souvenirs de son pays où l'on vivait au rythme de la nature, en harmonie avec elle, pas comme ici.
Et puis, Monsieur Linh rencontre un drôle de bonhomme, il parle une langue qu'il ne comprend pas mais qui l'apaise. Cet homme n'est pas comme les autres, il lui parle avec douceur, il fait attention à lui. Alors, chaque jour, Monsieur Linh rejoint sur ce banc ce nouvel ami. Il serre contre lui sa petite fille, toujours sage, qu'il a chaudement couverte car il fait si froid ici.
Court roman époustouflant sur l'amitié, la tolérance, l'amour. Claudel est un véritable conteur, aucun mot n'est superflu, tout est dit sans être vraiment dit. Il y a toujours une part de mystère dans les personnages de ses romans qui les rend d'autant plus attachants. Son écriture simple et poétique est pudique et très "humaine". C'est un véritable coup de coeur et une lecture qui m'a fait du bien.
Les avis de Sylvie et de Solenn. Il y en a certainement pleins d'autres. Vous pouvez laisser les liens dans les commentaires.
La Petite fille de Monsieur Linh / Philippe Claudel. Le Livre de poche, 2007.
25 novembre 2007
Semper Augustus / Olivier Bleys

Ville de Haarlem (Pays-Bas) dans les années 1630.
Le pays est pris d'une ferveur sans précédent pour le marché de la tulipe. Certains bulbes atteignent des prix extravagants et beaucoup de gentilhommes de l'époque misent leurs quelques biens pour obtenir une de ces fleurs. C'est le cas du fils aîné de la famille Van Deruick, Wilhem. Au départ de son père, parti chercher fortune aux Amériques, il devient chef de famille et décide de quitter une destinée plutôt miséreuse en se plaçant sous la protection d'un négociant réputé, Paulus Van Bereysten.
Ce dernier lui fait découvrir le monde des tulipiers, des cavernes enfumées où se négocient le prix de chaque bulbe. En échange de cette invitation dans un monde inconnu, il attend de Wilhem une totale dévotion et de gros sacrifices personnels et financiers. Peu à peu, ce seigneur se joue de lui et de sa famille, pour au final, le défaire du seul bien financier qui lui reste, sa maison.
Olivier Bleys, avec une écriture soignée et détaillée, nous fait découvrir un monde "cynique et implacable" où les "grands" de cette époque se jouent de la misère et des espoirs des plus faibles. Si l'histoire m'a accroché au départ, mon intérêt s'est pourtant émoussé sur la fin du récit. La déconvenue du jeune Wilhem et sa naïveté face au piège tendue par Van Bereysten m'ont finalement lassés. Cependant, j'ai apprécié le style de l'auteur qui retranscrit à merveille l'ambiance, les liens de famille et les codes sociaux de l'époque.
Semper Augustus / Olivier Bleys . Gallimard, 2007.




