Le Vent t'emportera / Jean-Marc Souvira
Trois femmes sont sauvagement assassinées à Paris durant la terrible canicule de 2003. Elles ont été retrouvées avec des morceaux de miroirs incrustés dans leur visage, les mains liées, violées. En plein mois d'août, le Quai des Orfèvres tourne au ralenti. Ludovic Mistral est chargé de l'enquête. Ce triple meurtre ressemble étrangement à ceux perpétrés dans la région de l'Oise il y a quelques mois. Le hic : le meurtrier présumé est déjà en prison ! Commence alors une longue investigation dans la fournaise parisienne.
Polar classique mais efficace qui ravira les amateurs du genre. On est complétement plongé au coeur de l'enquête, entre analyses au labo, relevés téléphoniques, perquisitions et interrogatoires. Et, parallèlement, on suit le quotidien du meurtrier, entre folie et souffrances. Lu dans le cadre d'un prix "polar", il sera certainement bien placé pour l'emporter !
Le Vent t'emportera / Jean-Marc Souvira. Fleuve noir, 2010
Le Serpent aux mille coupures / DOA
L'histoire se déroule dans la région viticole de Moissac. En pleine nuit, Baptiste Latapie est en train de saccager la vigne d'Omar Petit. "Un macaque à Moissac ?! Un nègre chez eux ?! Qui voudrait faire du grain AOC ?! Coupe! C'était leur raisin, leur pays ! Coupe! Pas de macaque paysan! Coupe!". Mais, il est surpris par le bruit d'un moteur de 4x4. En contrebas, il assiste, tapi dans l'herbe, à une tuerie sanglante : un motard, sorti de nulle part, exécute les trois hommes de la voiture. Baptiste ne sait pas qu'il s'agit de trafiquants de drogue colombiens, venus développer leurs "affaires" en Europe.
Difficile de résumer ce court roman de 200 pages sans trop en dévoiler. Dans un style sec, percutant, Doa mélange les genres : trafiquants colombiens, tueur à mains nus, terroristes, paysans, brigades de gendarmerie : les acteurs sont nombreux et d'horizons différents mais cela ne gêne en rien le déroulement de l'histoire, au contraire !! Des chapitres courts, (qui égrènent le temps : H+12 - H+48...), rythment ce roman noir, que j'ai lu d'une traite.
Le serpent aux mille coupures / DOA. Gallimard, 2009. (Série Noire)
Manhattan Freud / Luc Bossi
1909. Le docteur Sigmund Freud, accompagné de Carl Jung, débarque pour la première fois sur l'île de Manhattan. C'est l'effervescence, Manhattan est un véritable chantier géant. Partout, se construisent des gratte-ciels plus hauts les uns que les autres, plus majestueux, symboles de réussite et d'avenir. Freud est là pour diriger un cycle de conférences afin de faire connaître aux Américains sceptiques les théories de la psychanalyse. Mais, bien vite, on lui demande de se rendre au chevet de Grace Korda, victime d'un terrible drame. Son père, August Korda, riche architecte entrepreneur, vient d'être sauvagement assassiné sous ses yeux. La jeune femme est en proie à des crises d'amnésie intenses et l'inspecteur Kahn espère que Freud pourra lui apporter de précieux indices. En acceptant de s'occuper de Grace Korda, Freud met le pied dans une terrible affaire : d'autres meurtres atroces mis en scène selon des rites alchimistes sont très vite découverts.
Bon, pour tout dire, ce roman policier ne m'a pas emballée plus que ça. Certes, j'ai aimé le décor splendide de Manhattan et de ces tours géantes mais le scénario m'a laissée de glace. J'ai découvert bien vite qui était le "très méchant" de l'affaire et rien n'est venue me surprendre. Il est vrai que je ne connais rien non plus à la psychanalyse ! Pourtant, mettre en scène Freud était plutôt original.
D'autres avis beaucoup plus enthousistes que le mien ici, ici et là !
Manhattan Freud / Luc Bossi. Albin Michel, 2009
Robe de marié / Pierre Lemaître
Sophie a 30 ans. Elle a été mariée avec Vincent, a connu une vie aisée mais depuis qu'elle s'est mise à tout perdre, a oublié ses rendez-vous, tout s'est emballé. Sa vie a éclaté, s'est métamorphosée. Elle a cru devenir folle. Maintenant, elle est la nounou du petit Léo, 6 ans. Elle espère un nouveau départ, un renouveau, du calme. Eviter qu'à nouveau tout s'emballe.
Difficile de résumer ce thriller psychologique très efficace sans en dénaturer l'intrigue. Au départ, je me suis dit que c'était une histoire très classique : une fille qui tombe dans la folie, que tout accuse, qui tente de fuir et puis l'auteur a réussi vraiment à me surprendre. Quelle histoire complètement dingue ! "La vengeance est un plat qui se manque froid", paraît-il !! Si vous aimez les ambiances angoissantes, les personnages qui sombrent dans la folie, vous allez être servis !
Robe de marié / Pierre Lemaître. Calmann-Lévy, 2009
L'avis de Cathulu qui n'a pas du tout accroché à cette histoire. Ceux enthousiastes de Cuné et de Stéphanie !
Bird / Marc Villard
Cécile parcourt toutes les nuits les rues de Paris en compagnie de ses collègues du SAMU social. Elle a 25 ans et espère retrouver parmi ceux qu'elles tentent d'aider, son père, celui que les autres SDF surnomment "Bird". A 14 ans, on lui a fait croire qu'il était mort et elle vient d'apprendre qu'il vit en fait sur les trottoirs parisiens.
"Bird" survit parce qu'il y a le saxo prêté par Théo, les soirées jazz où il peut encore se faufiler, les notes de musique qui trottent dans sa tête. Certains soirs, il est accueilli par Théo et Marie dans leur misérable tente installée près du périph'. Alors, quand il aperçoit un groupe de jeunes s'en prendre à eux, il intervient mais trop tard, Marie ne bouge plus. Reste sur le sol un portable (celui d'un ado, fils de député) qui a filmé toute la scène. Le jeune Guillaume raconte ce qu'il a commis avec ses copains à son père politicien et à son assistant. Ils décident de faire intervenirr un flic véreux, Steiner, pour "régler" au plus vite ce "problème".
Mon premier mot serait "dommage" pour qualifier ce court roman de 100 pages, pourtant très prometteur. J'ai aimé le personnage énigmatique de "Bird", son amour pour la musique et je reste sur ma faim car j'aurai aimé le connaître davantage. L'ambiance et le décor de l'histoire sont très bien posés par l'auteur mais le scénario pêche, surtout lors de l'entrée en scène de ce flic véreux avec des scènes très glauques et très répétitives sur un si court roman. Un roman avec de bons atouts, surtout pour son atmosphère mais qui aurait mérité plus de "corps" pour l'intrigue.
Bird / Marc Villard. Editions Joelle Losfeld, 2008
186 marches vers les nuages / Joseph Bialot
Bert Waldeck est "mort" parmi les vivants. Allemand, sympathisant socialiste, il est déporté durant la guerre où il découvrit toute l'horreur des camps d'internement de Dachau, Dora et Mauthausen. En 1945, lors de la déroute allemande, il se retrouve embarqué dans un des "navires-cages" SS avec des milliers de prisonniers. Pris pour cible par la marine anglaise, tous seront détruits sur mer. Miraculeusement, Bert arrive à réjoindre la côte malgré toute l'horreur qui l'entoure.
"Je n'existe plus. Bert Waldeck n'est plus un individu mais une parcelle de cette gigantesque terreur qui ravage les hommes. Ce n'est pas ma peau qui tremble en solo mais tout mon squelette, mes muscles, mes nerfs. Les squelettes, les muscles, les nerfs de mes compagnons ne forment plus que ce silence de deuil hurlé sans musique."
Alors qu'il survit dans un baraquement de fortune, un officier américain fait appel à lui pour essayer de retrouver Hans Steiner, SS, chef de camp pour qui Bert était devenu l'interprète. Douglas Mayen veut tout savoir de cet homme, qui fut aussi l'ancien camarade de classe de Bert. Celui-ci accepte la proposition et rejoint Berlin, ville morte. En déambulant dans les ruines de sa ville natale avec lui, on découvre peu à peu l'histoire personnel de cet homme mais aussi celle de milliers d'allemands pendant la guerre et dans cette Allemagne ravagée. Mais, Bert n'est pas dupe. Pourquoi les Américains (mais aussi les Russes) s'intéressent-ils à un SS qui n'était qu'un sous officier ? Que cache cette chasse à l'homme ?
Voilà un roman fort, violent, qui m'a donné la nausée mais que je ne suis pas prête d'oublier. J'ai aimé ce héros solitaire qui dépeint un Berlin dévasté, des Hommes qui n'en sont plus, une non-vie qui m'a bouleversée. L'enquête finalement importe peu. C'est l'atmosphère du livre que je retiens.
186 marches vers les nuages / Joseph Bialot. Métailié noir, 2009
Le billet du blog Moisson Noire, une interview de l'auteur -lui-même déporté- réalisé en 2002 par "Mauvais genre" et repris sur le site Bibliosurf ici.
MOrt d'une héroïne rouge / Qiu Xiaolong
Shangaï, dans les années 1990. L'Inspecteur principal Chen vient d'être promu à ce poste par le Parti, qui le remercie ainsi de sa loyauté. Diplômé en littérature, poète reconnu, on lui prédit un bel avenir politique. Ce poste n'est qu'une étape. Mais, quand le corps nu et violenté d'une jeune travailleuse communiste modèle est retrouvé au fond d'un bras de canal oublié, Chen va devoir faire preuve d'un grand professionnalisme. En effet, dans un pays où, certes, les moeurs évoluent, le poids du Parti Communiste est omniprésent, rendant le travail de l'enquêteur périlleux.
Voilà un roman policier qui change un peu : nous avons là un inspecteur plutôt sage et rangé (ni divorcé avec enfants drogués, ni alcoolique) qui fait preuve de beaucoup de tact . Il faut dire que nous sommes en Chine, à une époque charnière où le mode libéral occidental commence à ébranler les convictions socialistes et communistes jusqu'alors modèles inattaquables. Pas de violence (d'ailleurs, je ne sais même pas si notre inspecteur porte une arme), ni de suspens à chaque page mais une histoire ponctuée de citations poétiques, qui nous fait un portrait très "vivant" de Shangaï, du quotidien de ses habitants. J'ai aimé voyager dans la ville avec Chen, le suivre dans cette enquête-ô combien- difficile quand la politique se mêle à tout. Un polar très plaisant que je vous recommande.
Mort d'une héroïne rouge / Qiu Xiaolong. Editions du Seuil, collection Points, 2003. (Edition originale : Liana Lévi, 2001)
Seul le silence / RJ Ellory
Quatrième de couverture : "Joseph Vaughan, écrivain à succès, tient en joue un tueur en série, dans l’ombre duquel il vit depuis bientôt trente ans. Joseph a douze ans lorsqu’il découvre dans son village de Géorgie le corps horriblement mutilé d’une fillette assassinée. La première victime d’une longue série qui laissera longtemps la police impuissante. Des années plus tard, lorsque l’affaire semble enfin élucidée, Joseph décide de changer de vie et de s’installer à New York pour oublier les séquelles de cette histoire qui l’a touché de trop près. Lorsqu’il comprend que le tueur est toujours à l’œuvre, il n’a d’autre solution pour échapper à ses démons, alors que les cadavres d’enfants se multiplient, que de reprendre une enquête qui le hante afin de démasquer le vrai coupable, dont l’identité ne sera révélée que dans les toutes dernières pages."
Habituellement, je préfère laisser sur ce blog mes très imparfaits résumés plutôt que ceux d'éditeurs qui ne sont pas toujours parlants. Et il m'arrive aussi de ne pas chroniquer du tout quand ma déception est trop forte. Et voilà ! Après ZULU de Carl Ferey (dont j'ai abandonné le billet), ma voilà désappointée après la lecture de ce roman. Si j'ai aimé la forme (chapitres entrecoupés par la voix de Joseph au stade ultime de sa vie), je suis passée complètement à côté des personnages. J'ai espéré, pages après pages, ce quelque chose qui fait que je me laisse embarquée mais je suis restée hermétique à l'histoire. Je déteste ça surtout quand je sais que le roman est de très bonne qualité !!
Seul le silence / RJ Ellory. Sonatine Editions, 2008.
Cougar corridor / Florian Rochat
L'histoire se situe dans la superbe région du Montana aux USA. Ce cadre naturel extraordinaire attire de plus en plus de cadres aisés qui cherchent à y installer leur famille dans de "petites" résidences privées. Peu à peu, la nature cède le pas face à un développement immobilier non contrôlé. Le cougar appelé « lion des montagnes » voit son espace vital se réduire considérablement malgré l'aide de Mickaël, Julie, et l'association « Western Corridor » qui mène un projet pour les sauvegarder. Projet qui ne peut exister que si le complexe de « Green village » est abandonné par son promoteur. Alors quand le jeune Phil est attaqué et tué dans la cour de sa maison, le ton est vif entre les défenseurs de cet animal superbe et les habitants.
Roman sympathique et très documenté qui nous apprend beaucoup sur le cougar de la région du Montana. Mais ce n'est pas réellement un roman policier pour moi. Pas de suspens, pas d'enquête véritable, un scénario un peu (beaucoup) « tiré par les cheveux ».
Cougar corridor / Florian Rochat. Editions Le Passage, 2009.
Fakirs / Antonin Varenne
Il existe au Quai des Orfèvres un service chargé des Suicides. Celui du Lieutenant Guérin, et de son adjoint Lambert, abandonnés au sous-sol et raillés par leurs collègues policier. Malgré l'affaire Kowalski qui l'a conduit au « placard » des suicidés, Guérin accepte une nouvelle mission et passe des heures aux archives pour élucider sa Grande Théorie. Il semble qu'un trio (deux hommes et une femme) soit à l'origine de plusieurs suicides, devenus du coup, suspects mais aucune preuve, aucun indice ne viennent appuyer la thèse du Lieutenant. Seul, à la limite de la folie, il est appelé sur le cas d'un suicide particulier : celui d'un fakir américain, Alan Mustgrave. Il fait alors connaissance d'un de ses amis, John Nichols, un franco-américain, qui a quitté son tipi installé dans une forêt du Lot pour Paris afin de comprendre le geste d'Alan.
« Tout se délitait, les éléments s'atomisaient. L'imperméable jaune avait grandi, ou bien Guérin s'était tassé sur lui-même. Churchill boudait, la dépression le rongeait. Son appartement était devenu un mausolée à la mémoire de sa mère, gardé par un perroquet neurasthénique. Plus de colère, plus de ricanements, le silence. Guérin avait perdu le fil. Ne restait qu'une simple parenté entre sa condition et celle du monde : un chaos sans complot, une masse complexe oscillant entre l'auto-organisation hasardeuse et la désintégration anarchique. Finalement, dans un tel merdier, tout pouvait faire sens. Croire suffisait à donner forme aux illusions. Mais la foi devait se partager. Dehors, on tuait avec méthode, trois fous peut-être. Personne ne l'aiderait à les trouver »
J'ai aimé ce roman policier très, très noir. Un scénario plutôt simple mais des personnages complexes et torturés à souhait, une atmosphère tendue, un décor original entre un Paris sombre et nocturne et une vallée du Lot douce et ensoleillée.
Fakirs / Antonin Varenne, Viviane Hamy, 2009.












