16 décembre 2009
186 marches vers les nuages / Joseph Bialot
Bert Waldeck est "mort" parmi les vivants. Allemand, sympathisant socialiste, il est déporté durant la guerre où il découvrit toute l'horreur des camps d'internement de Dachau, Dora et Mauthausen. En 1945, lors de la déroute allemande, il se retrouve embarqué dans un des "navires-cages" SS avec des milliers de prisonniers. Pris pour cible par la marine anglaise, tous seront détruits sur mer. Miraculeusement, Bert arrive à réjoindre la côte malgré toute l'horreur qui l'entoure.
"Je n'existe plus. Bert Waldeck n'est plus un individu mais une parcelle de cette gigantesque terreur qui ravage les hommes. Ce n'est pas ma peau qui tremble en solo mais tout mon squelette, mes muscles, mes nerfs. Les squelettes, les muscles, les nerfs de mes compagnons ne forment plus que ce silence de deuil hurlé sans musique."
Alors qu'il survit dans un baraquement de fortune, un officier américain fait appel à lui pour essayer de retrouver Hans Steiner, SS, chef de camp pour qui Bert était devenu l'interprète. Douglas Mayen veut tout savoir de cet homme, qui fut aussi l'ancien camarade de classe de Bert. Celui-ci accepte la proposition et rejoint Berlin, ville morte. En déambulant dans les ruines de sa ville natale avec lui, on découvre peu à peu l'histoire personnel de cet homme mais aussi celle de milliers d'allemands pendant la guerre et dans cette Allemagne ravagée. Mais, Bert n'est pas dupe. Pourquoi les Américains (mais aussi les Russes) s'intéressent-ils à un SS qui n'était qu'un sous officier ? Que cache cette chasse à l'homme ?
Voilà un roman fort, violent, qui m'a donné la nausée mais que je ne suis pas prête d'oublier. J'ai aimé ce héros solitaire qui dépeint un Berlin dévasté, des Hommes qui n'en sont plus, une non-vie qui m'a bouleversée. L'enquête finalement importe peu. C'est l'atmosphère du livre que je retiens.
186 marches vers les nuages / Joseph Bialot. Métailié noir, 2009
Le billet du blog Moisson Noire, une interview de l'auteur -lui-même déporté- réalisé en 2002 par "Mauvais genre" et repris sur le site Bibliosurf ici.
04 décembre 2009
MOrt d'une héroïne rouge / Qiu Xiaolong
Shangaï, dans les années 1990. L'Inspecteur principal Chen vient d'être promu à ce poste par le Parti, qui le remercie ainsi de sa loyauté. Diplômé en littérature, poète reconnu, on lui prédit un bel avenir politique. Ce poste n'est qu'une étape. Mais, quand le corps nu et violenté d'une jeune travailleuse communiste modèle est retrouvé au fond d'un bras de canal oublié, Chen va devoir faire preuve d'un grand professionnalisme. En effet, dans un pays où, certes, les moeurs évoluent, le poids du Parti Communiste est omniprésent, rendant le travail de l'enquêteur périlleux.
Voilà un roman policier qui change un peu : nous avons là un inspecteur plutôt sage et rangé (ni divorcé avec enfants drogués, ni alcoolique) qui fait preuve de beaucoup de tact . Il faut dire que nous sommes en Chine, à une époque charnière où le mode libéral occidental commence à ébranler les convictions socialistes et communistes jusqu'alors modèles inattaquables. Pas de violence (d'ailleurs, je ne sais même pas si notre inspecteur porte une arme), ni de suspens à chaque page mais une histoire ponctuée de citations poétiques, qui nous fait un portrait très "vivant" de Shangaï, du quotidien de ses habitants. J'ai aimé voyager dans la ville avec Chen, le suivre dans cette enquête-ô combien- difficile quand la politique se mêle à tout. Un polar très plaisant que je vous recommande.
Mort d'une héroïne rouge / Qiu Xiaolong. Editions du Seuil, collection Points, 2003. (Edition originale : Liana Lévi, 2001)
21 novembre 2009
Seul le silence / RJ Ellory
Quatrième de couverture : "Joseph Vaughan, écrivain à succès, tient en joue un tueur en série, dans l’ombre duquel il vit depuis bientôt trente ans. Joseph a douze ans lorsqu’il découvre dans son village de Géorgie le corps horriblement mutilé d’une fillette assassinée. La première victime d’une longue série qui laissera longtemps la police impuissante. Des années plus tard, lorsque l’affaire semble enfin élucidée, Joseph décide de changer de vie et de s’installer à New York pour oublier les séquelles de cette histoire qui l’a touché de trop près. Lorsqu’il comprend que le tueur est toujours à l’œuvre, il n’a d’autre solution pour échapper à ses démons, alors que les cadavres d’enfants se multiplient, que de reprendre une enquête qui le hante afin de démasquer le vrai coupable, dont l’identité ne sera révélée que dans les toutes dernières pages."
Habituellement, je préfère laisser sur ce blog mes très imparfaits résumés plutôt que ceux d'éditeurs qui ne sont pas toujours parlants. Et il m'arrive aussi de ne pas chroniquer du tout quand ma déception est trop forte. Et voilà ! Après ZULU de Carl Ferey (dont j'ai abandonné le billet), ma voilà désappointée après la lecture de ce roman. Si j'ai aimé la forme (chapitres entrecoupés par la voix de Joseph au stade ultime de sa vie), je suis passée complètement à côté des personnages. J'ai espéré, pages après pages, ce quelque chose qui fait que je me laisse embarquée mais je suis restée hermétique à l'histoire. Je déteste ça surtout quand je sais que le roman est de très bonne qualité !!
Seul le silence / RJ Ellory. Sonatine Editions, 2008.
13 novembre 2009
Cougar corridor / Florian Rochat
L'histoire se situe dans la superbe région du Montana aux USA. Ce cadre naturel extraordinaire attire de plus en plus de cadres aisés qui cherchent à y installer leur famille dans de "petites" résidences privées. Peu à peu, la nature cède le pas face à un développement immobilier non contrôlé. Le cougar appelé « lion des montagnes » voit son espace vital se réduire considérablement malgré l'aide de Mickaël, Julie, et l'association « Western Corridor » qui mène un projet pour les sauvegarder. Projet qui ne peut exister que si le complexe de « Green village » est abandonné par son promoteur. Alors quand le jeune Phil est attaqué et tué dans la cour de sa maison, le ton est vif entre les défenseurs de cet animal superbe et les habitants.
Roman sympathique et très documenté qui nous apprend beaucoup sur le cougar de la région du Montana. Mais ce n'est pas réellement un roman policier pour moi. Pas de suspens, pas d'enquête véritable, un scénario un peu (beaucoup) « tiré par les cheveux ».
Cougar corridor / Florian Rochat. Editions Le Passage, 2009.
07 novembre 2009
Fakirs / Antonin Varenne
Il existe au Quai des Orfèvres un service chargé des Suicides. Celui du Lieutenant Guérin, et de son adjoint Lambert, abandonnés au sous-sol et raillés par leurs collègues policier. Malgré l'affaire Kowalski qui l'a conduit au « placard » des suicidés, Guérin accepte une nouvelle mission et passe des heures aux archives pour élucider sa Grande Théorie. Il semble qu'un trio (deux hommes et une femme) soit à l'origine de plusieurs suicides, devenus du coup, suspects mais aucune preuve, aucun indice ne viennent appuyer la thèse du Lieutenant. Seul, à la limite de la folie, il est appelé sur le cas d'un suicide particulier : celui d'un fakir américain, Alan Mustgrave. Il fait alors connaissance d'un de ses amis, John Nichols, un franco-américain, qui a quitté son tipi installé dans une forêt du Lot pour Paris afin de comprendre le geste d'Alan.
« Tout se délitait, les éléments s'atomisaient. L'imperméable jaune avait grandi, ou bien Guérin s'était tassé sur lui-même. Churchill boudait, la dépression le rongeait. Son appartement était devenu un mausolée à la mémoire de sa mère, gardé par un perroquet neurasthénique. Plus de colère, plus de ricanements, le silence. Guérin avait perdu le fil. Ne restait qu'une simple parenté entre sa condition et celle du monde : un chaos sans complot, une masse complexe oscillant entre l'auto-organisation hasardeuse et la désintégration anarchique. Finalement, dans un tel merdier, tout pouvait faire sens. Croire suffisait à donner forme aux illusions. Mais la foi devait se partager. Dehors, on tuait avec méthode, trois fous peut-être. Personne ne l'aiderait à les trouver »
J'ai aimé ce roman policier très, très noir. Un scénario plutôt simple mais des personnages complexes et torturés à souhait, une atmosphère tendue, un décor original entre un Paris sombre et nocturne et une vallée du Lot douce et ensoleillée.
Fakirs / Antonin Varenne, Viviane Hamy, 2009.
11 juin 2009
L'Ogre des Landes / Pascal Martin
4ème de couverture : "Noël 2008. On retrouve à Paris le corps d'une femme transformée en véritable bombe ambulante. Curiosité macabre : elle a été gavée comme une oie...de virus et de prions. Peu de temps après, Foch, le mystérieux chef de l'Oeuvre, envoie un de ses coureurs de nuit, le Bonsaï, à Ecovie, étrange camp de vacances tenu par un exilé russe. Le site, immense, est cerné par une barrière de fils barbelés et entourés de miradors. De riches hommes d'affaire s'y retrouvent et se plient à un règlement sectaire qui prône un retour sans concession à la nature (...). Ce "camp de vacances" à la discipline quasi militaire est le théâtre d'un complot machiavélique."
Habituée depuis peu à la qualité des polars scandinaves, j'ai forcément été déçue par ce roman policier. Malgré l'imagination de l'auteur et un thème qui aurait pu être porteur, rien n'est assez "creusé" dans ce roman. On comprend d'abord assez rapidement qui sont les "méchants", les personnages sont assez stéréotypés (L'inspecteur de police dépassé, le gourou survolté, le scientifique illuminé, la méchante sulfureuse et déjantée,...) et les répliques parfois un peu faciles. Cela manque de finesse, de suspens, de tension. Voilà mon impression à la fin de ma lecture.
Mais, car il y a un mais, ce livre implique des personnages récurrents, appelés les coureurs de nuit, que l'on retrouve dans les romans précédents de l'auteur. En effet, ce sont des enquêteurs privés, tous orphelins et recrutés en prison, d'une organisation plus ou moins secrète (L'Oeuvre) qui travaille sur certaines affaires criminelles délicates. Je trouve l'idée intéressante, dommage qu'elle ne soit pas très bien servie par la suite.
Des avis plus enthousiastes que le mien sur le blog action-suspense et chez lucie.
Merci aux éditions Presses de la Cité et à Blog-O-Book pour l'envoi.
L'Ogre des Landes / Pascal Martin. Editions Presses de la Cité, 2009.
15 mai 2009
Rue Sans-Souci / Jo Nesbo
C'est le quatrième volet de la série consacrée aux enquêtes de l'inspecteur Harry Hole. Un braquage meurtrier vient de se dérouler dans une banque du centre-ville d'Oslo. Notre inspecteur de la Criminelle est appelé en renfort car des doutes subsistent sur les mobiles liés à cet hold-up. Peut-être un meurtre prémédité maquillé. Rien de très compliqué pour Mr Hole sauf que le lendemain, on retrouve le corps sans vie de la femme avec laquelle il vient de passer la nuit et bien sûr, notre inspecteur ne se souvient plus de rien. Commence alors une course contre la montre pour prouver à la fois son innocence et résoudre ces 2 affaires qui ne sont peut être pas si éloignées l'une de l'autre
J'ai retrouvé avec plaisir l'inspecteur Harry Hole sauf que n'ayant pas pu lire le volume 3 , il m'a manqué certains éléments pour faire complètement le lien avec l'histoire en court. Mais n'empêche, j'aime toujours le rythme de cette série: on ne respire pas un seul instant et les personnages, malgré ou plutôt grâce à leurs faiblesses, sont attachants. Un vrai thriller au suspens garanti !
Les avis de Polar noir, BMR & MAM, Jean-Marc Laherrère, Keisha
Rue Sans-Souci / Jo Nesbo. Gallimard, 2008 (folio policier, 480) - Gaïa, 2005 (édition originale)
20 mars 2009
L'Homme du lac / Arnaldur Indridason
Déçue par La Voix, le dernier Indridason lu, l'Homme du lac m'a réconcilié avec cet auteur de polar islandais.
Le commissaire Erlendur est chargé d'enquêter sur la mort mystérieuse d'un homme dont le squelette a été retrouvé au fond d'un lac asséché, un émetteur russe attaché à son pied. Parallèlement à cette enquête, par la voix de l'assassin, on découvre peu à peu les évènements qui ont abouti à ce drame dans les années 70.
Dans ce quatrième volume, tous les élèments qui ont fait le succès de la série sont présents : l'histoire personnelle du commissaire et de ses acolytes avec leurs failles et leur faiblesse, un portrait des victimes et coupables ciselé et une description de la société islandaise. Tout cela avec beaucoup de simplicité et d'efficacité. Le seul petit bémol ici, c'est que je n'ai pas appris grand chose de plus sur la vie d'Erlendur par rapport aux précédents volumes.
L'Homme du lac / Arnaldur Indridason. Métailié, 2008
18 décembre 2008
Je tue / Giorgio Faletti
Le tranquille Rocher de Monaco est la proie d'un serial killer redoutable. Celui qui se nomme lui-même Personne assassine sauvagement ses victimes avant de leur ôter avec une précision chirurgicale leur visage. Avant chaque meurtre, il prévient de son passage à l'acte en contactant lors de son émission, Jean-Loup Verdier, célèbre animateur de Radio Monte Carlo. Le commissaire Nicolas Hulot, aidé par son ami, Franck Ottobre, agent du FBI est chargé de l'enquête. Pressés de toute part par l'administration monégasque et démunis face à l'habileté et l'intelligence de ce meurtrier, ils découvrent peu à peu plus de 10 victimes.
J'espérais m'offrir une pause dans les lectures décevantes, me voilà servie !! Certes, l'intrigue n'est pas si mauvaise, le cadre monégasque plutôt différent des ambiances "habituelles" des thrillers mais alors c'est mal écrit, les personnages caricaturaux, les dialogues creux. Je suis allée au bout, espérant un mieux mais non. Une déception de plus !
L'avis beaucoup plus enthousiaste de Laurence.
Je tue / Giorgio Faletti. Flammarion noir, 2004.
27 octobre 2008
Au risque de se perdre / Cathi Unsworth
Jon Jackson est un jeune réalisateur anglais qui vient de réussir un coup de maître avec son dernier long-métrage "L'embrouille", dans la veine des films noirs des années 50. Branché et "underground", le tout-Londres est à ses pieds. Les journalistes du magazine Lux s'apprêtent à éditer un numéro consacré au nouveau génie quand on découvre le corps de Jackson sauvagement mutilé. Neil, le rédacteur en chef, est le dernier à l'avoir vu. Lui et son équipe vont alors se retrouver bien malgré eux embarqués dans une sale affaire.
Cathi Unsworth est journaliste et critique musicale. Elle nous plonge dans le Londres branché, à Camden, où se cotoient groupes de rock, acteurs et producteurs. C'est une description semble-t-il fouillée et réaliste d'un monde que l'auteur connaît bien. Il n'y a pas de véritable enquête, ni d'enquêteur "type", c'est un vrai roman "noir" où tout repose sur l'ambiance et le morbide de l'histoire.
Je n'ai pas pu reposer ce livre que j'ai lu d'une traite. J'ai aimé le portrait de chaque personnage, le découpage du livre en deux histoires parrallèles. Même si on découvre très vite l'auteur du crime, la tension du livre reste constante. Bref, j'ai beaucoup aimé ! Un bémol, tout de même, pour le final que je trouve trop lisse.
Au risque de se perdre / Cathi Unsworth. Rivages/noir, 2008.
l'avis de jean-Marc Laherrère sur son blog actu du noir











