Un vieil homme quitte précipitamment une pharmacie, un nourrisson hurlant dans les bras, et trouve refuge dans le bar du coin.

Voilà comment démarre la terrible histoire de Sidoine Letignal. Mis en confiance par la clientèle de ce café, notre homme va se confier. Il habite dans une cité où son épouse donne bénévolement des cours du soir aux gamins du quartier. Son unique fils, Laurent, donne lui aussi des cours, d'alphabétisation cette fois, dans un foyer d'accueil. La famille est reconnue par tous pour son grand coeur, sa générosité et son ouverture d'esprit. Tout semble aller pour le mieux jusqu'au jour où Laurent présente à ses parents une jeune maghrébine, Malika, qui a fui son pays après que ses parents aient découvert sa grossesse. Sur le point d'accoucher, elle vit dans un squatt, sans papiers. Mais à la grande stupeur de Laurent, sa mère rejette cette fille, la traite de tous les noms et montre sa "face "cachée à son fils, qui décide de quitter la maison. C'est l'éclatement de la famille, et pour Sidoine, la fin de sa vie tranquille. En souhaitant aider son fils et le "ramener à la raison", il provoquera un drame et se sentira coupable et redevable.

J'ai eu un vrai coup de coeur pour cette BD. Tout d'abord, le graphisme est superbe et apporte beaucoup au récit. La couleur sépia intensifie les expressions et la détresse des personnages. Ensuite, les thèmes abordés me touchent : l'exclusion et la haine de L'autre, le lien fusionnel et parfois destructeur entre parent et enfant. Tout cela est traité avec finesse par l'auteur. On découvre peu à peu l'histoire de cet homme, le poids de son passé que l'on devine par petites touches. J'ai hâte de connaître le dénouement de cette terrible histoire dans le tome 2.

La mémoire dans les poches  (première partie) / Etienne Le Roux, Luc Brunschwig. Futuropolis, 2006.