Au fil des pages

Je suis sûrement tombée dans une marmite de livres quand j'étais petite. Depuis, je dévore... J'espère via ce blog partager mes coups de coeur (et mes coups de gueule) littéraires avec d'autres lecteurs

24 juin 2008

Cochon d'Allemand / Knud Romer

Knud Romer, à travers ce roman, nous conte l'histoire de sa famille. Sa mère a quitté l'Allemagne après guerre pour travailler au Danemark. Malgré un passé sans reproche puisqu'elle lutta à sa façon contre le nazisme, elle est dans son nouveau pays, la pestiférée, et son jeune fils, Knud, un "cochon d'Allemand". L'auteur nous entraîne dans l'histoire de sa famille : un grand père allemand, maître en sa demeure, Papa Schneider; un grand-père danois, illuminé et en avance sur son temps; des oncles, des tantes et des cousins. Une multitude de personnages se côtoient de façon assez décousue dans ce court roman. On s'y perd un peu mais le récit n'en est que plus riche. C'est à travers cette lourde histoire familiale que le petit Knud a dû se construire en subissant quotidiennement haine et mépris, en vivant dans un monde clos, fermé. Sa mère s'est toujours attachée à l'élever dans la tradition allemande, noyant chagrin et regrets dans l'alcool.

Une histoire décousue (on passe d'une époque à une autre, d'un personnage à un autre) mais l'ensemble de ces destins croisés rend le récit d'autant plus poignant. Ce "brassage" est aussi celui dans lequel l'auteur trouve ses racines.

Cochon d'Allemand / Knud Romer - Les Allusifs, 2007. 

Des billets bien plus complets que le mien ici

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07 juin 2008

On s'y fera / Zoya Pirzad

Arezou, la quarantaine, vit en Iran. Divorcée, mère d'Ayeh, jeune fille gâtée et soupe au lait, elle dirige avec son amie Shirine, l'agence immobilière que lui a laissé son défunt père. Femme moderne, indépendante et aisée, elle doit pourtant faire face aux remarques assassines de sa mère et de sa fille. Perdue, soumise au bon vouloir de sa famille, elle rencontre un client un peu particulier qui la fera réfléchir sur sa vie et son avenir parmi les siens.

Mon sentiment est plutôt mitigé sur ce roman. J'ai apprécié la découverte de la société iranienne, (même si les difficultés quotidiennes que subissent les Iraniens et surtout les Iraniennes apparaissent uniquement par petites touches), mais le rythme plutôt lent du récit, le style un peu décousu m'ont lassée à plusieurs reprises. Au final, je reste un peu sur ma faim.

Les avis de Saxaoul, de Clarabel, de Cathulu.

On s'y fera / Zoya Pirzad - Zulma, 2007

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03 janvier 2008

Elle s'appelait Sarah / Tatiana de Rosnay

Sarah a 10 ans. Le 16 juillet 1942, des hommes de la police française débarquent dans son appartement et demandent à ses parents de les suivre. Pensant revenir très vite, elle décide de cacher son petit frère Michel dans un placard, avant de suivre ses parents. Mais Sarah ne reviendra pas, elle est transférée comme des milliers d'autres juifs vers le vél' d'hiv' puis vers un camp d'internement près d'Orléans. La majorité des juifs déportés (surtout des femmes et des enfants) sera exterminée dès son arrivée à Auschtwitz. Sarah, seule, a pu fuir et cherche désespérement à rejoindre Paris et retrouver ce petit frère auquel elle a promis de revenir.

C'est à travers les yeux d'une journaliste américaine, Julia, chargée d'enquêter sur la rafle du vel d'hiv' que l'auteur retrace la destinée de la petite Sarah. On suit à la fois l'horreur vécu par cette petite fille et la vie de cette journaliste, son obstination à découvrir la vérité sur Sarah et sa famille, quitte à briser son couple.

On se doute bien, dès les premières pages que Sarah ne reverra jamais ce petit frère et c'est avec effroi et horreur que j'ai lu ces premières pages.  Les chapitres entremêlés entre l'histoire en temps réel de Sarah et l'enquête de Julia distillent les évènements peu à peu et j'ai souvent eu envie de "zapper" les chapitres concernant la journaliste pour être au coeur de l'histoire de la petite Sarah.

Mon sentiment est ambivalent concernant le personnage de Julia. Je l'ai trouvé certaine fois trop présent, effaçant presque Sarah et à d'autre moment, bienvenu, éclairant la vision actuelle de cet évènement tragique, la difficulté de certaines familles à se libérer du passé, la honte de ne pas avoir parler. L'obstination et le courage de cette femme à faire renaître le passé est étonnant et touchant. Par contre, j'ai été déçue par la fin du roman, qui tourne essentiellement autour de Julia et sa rencontre avec le fils de Sarah. Cela n'apporte pas grand chose à l'histoire et je reste un peu sur ma faim, j'aurais aimé en savoir davantage sur Sarah adulte.

N'empêche que ce roman m'a beaucoup ému et qu'il sera un des livres marquants de 2007 pour moi.

Les avis partagés de Laure, Chiffonette, Clarabel, Sylire, Anne. Il y en a sûrement d'autres. N'hésitez pas à me les faire connaître, je rajouterai les liens.

Elle s'appelait Sarah / Tatiana de Rosnay. Héloïse d'Ormesson, 2007.

 

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16 novembre 2007

Le Liseur / Bernhard Schlink

"A quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d'une femme de trente-cinq ans dont il devient l'amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l'un de leurs rites consiste à ce qu'il lui fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain. Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de des études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité. Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l'insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais.

Il la revoit une fois, bien des années plus tard. Il se met alors pour comprendre, à "écrire leur histoire, et son histoire à lui, dont il dit : "Comment pourrait-ce être un réconfort, que mon amour pour Hanna soit en quelque sorte le destin de ma génération (...) que j'aurais moins bien su camoufler que les autres ?"

Rien à ajouter à cette quatrième de couverture qui résume parfaitement le roman. Avec beaucoup d'humilité et un vrai recul sur l'histoire de son pays, Michaël s'interroge sur la culpabilité d'une génération et d'une nation face aux atrocités qui ont été commises contre les Juifs : "Nous ne devons pas nous imaginer comprendre ce qui est inconcevable, nous n'avons pas le droit de comparer ce qui échappe à toute comparaison, nous n'avons pas le droit de questionner car celui qui le fait, même s'il ne met pas les atrocités en doute, en fait néanmoins un objet de communication, au lieu de les prendre comme une chose devant laquelle on ne peut que s'imposer le silence de l'horreur, de la honte et de la culpabilité. (...) A quelle fin et juqu'à quel terme ? (...) On condamnait et châtiait quelques rares individus, tandis que nous, la génération suivante, nous nous refermions dans le silence de l'horreur, de la honte et de la culpabilité".

Il s'agit aussi de la culpabilité de Michaël face à Hanna, à cette femme qu'il a aimé mais qu'il ne peut que condamner : "Je voulais à la fois comprendre et condamner le crime d'Hanna. Mais il était trop horrible pour cela. Lorsque je tentais de la comprendre, j'avais le sentiment de ne plus le condamner comme il méritait effectivement de l'être. Lorsque je le condamnais comme il le méritait, il n'y avait plus de place pour la compréhension. Mais en même temps, je voulais comprendre Hanna; ne pas la comprendre signifiait la trahir une fois de plus. Je ne m'en suis pas sorti. Je voulais assumer les deux, la compréhension et la condamnation. Mais les deux ensemble, ça n'allait pas."

J'ai trouvé la première partie sur la relation entre Hanna et Michaël un peu longue et je me suis bien demandée où l'auteur voulait nous emmener. Par contre, tout prend sens par la suite et l'écriture de Bernard Schlink avec toute sa réserve frappe au coeur. Une lecture forte et marquante !

L'avis de lilly, de Karine et de Flo

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11 novembre 2007

Les Charmes discrets de la vie conjugale / Douglas Kennedy

douglas

Hannah Buchan vit dans l'Est américain dans les année 70. Fille du très reconnu progressiste John Winthrop Latham, elle décide, malgré les réticences de ses parents, de se marier avec un futur médecin, Dan Buchan et d'abandonner études et projets à l'étranger pour suivre son mari dans une petite ville perdue du Maine. Hannah devient très vite maman et se morfond dans cette vie ennuyeuse et totalement prévisible. Jusqu'au jour où débarque à l'improviste un jeune révolutionnaire, Toby Judson. Camarade de son père, professeur à la fac, Toby cherche un toit pour la nuit. Hannah accepte de l'accueillir (Dan est en voyage) et apprécie de pouvoir discuter ouvertement avec cet homme, comme à la fac, comme dans une existence qui lui semble lointaine : politique, liberté de ton, elle peut s'exprimer ouvertement. Avec lui, le temps d'une nuit, elle retrouve le plaisir d'être écoutée et aimée. Oui, mais voilà, les activités illicites de Toby l'entraînent dans une virée au Canada, en pleine nuit avec son bébé et sous la contrainte.

Trente ans plus tard, alors qu'elle mène une vie bien rangée de professeur de lettres au lycée, que ses 2 enfants (Jeff et lizzie) ont grandi, le passé la rattrape brutalement. Sa fille disparait mystérieusement et Toby Judson, revenu de ses activités révolutionnaires et passé du côté des ultra-conservateurs, édite un livre où il revient sur ses activités lointaines et fait allusion à la complicité d'Hannah dans sa fuite vers la Canada. C'est le point de départ de grands chamboulements dans la vie d'Hannah. Elle doit faire face aux réactions de sa famille ultra conservatrice, de la presse 'bien pensante' américaine, de son mari qui remet en cause leur mariage.

Je suis très partagée sur ce roman de Douglas Kennedy. J'ai bien cru abandonné à plusieurs reprises. Tout d'abord, j'ai trouvé les 170 premières pages assez ennuyeuses. Il faut dire qu'elle retracent la vie d'Hannah au début de son mariage et que cette vie morne et bien rangée n'est pas très excitante et intéressante. L'arrivée de Toby Hudson réveille un peu tout ça mais j'ai eu dû mal à "m'accrocher" au personnage d'Hannah, elle se plaint beaucoup mais n'essaye pas vraiment de changer les choses. La deuxième partie du roman consacrée à sa vie dans l'après 11 septembre m'a aussi laissée pensive. Alors que sa fille dépressive a disparu, elle est confrontée aux réactions ultra conservatrices de la presse américaine, de son fils (patriote convaincu), sur ses propos concernant le droit à l'avortement, son infidélité passée...Elle est vraiment sous pression constante avec ça et j'ai l'impression que l'auteur a forçé le trait. Finalement, la disparition de Lizzie est presque anecdotique et semble un prétexte.

Bref, même si je comprends que l'auteur a voulu dépeindre une Amérique en proie à des valeurs plus que discutables, c'est abordé sans finesse et cela en devient lourd au fil des pages.

Les Charmes discrets de la vie conjugale / Douglas Kennedy. Belfond, 2005

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23 octobre 2007

Une île trop loin / Annika Thor

Une île trop loin

Steffi et Nelli débarquent en Suède pendant la seconde guerre mondiale. Ces 2 jeunes soeurs sont autrichiennes et juives. Pour fuir les persécutions nazies, leurs parents ont préféré les envoyer à l'étranger dans des familles d'accueil, le temps de préparer leur départ pour les Etats-Unis. Elles sont accueillies sur une île perdue, balayée par les vents et la pluie. Dès leur arrivée, les deux soeurs sont séparées : Steffi, l'aînée, se retrouve chez un couple sans enfant. La femme, Tante Martha, a un visage sévère et parle peu, son mari, pêcheur est souvent absent. La petite Nelli, quant à elle, trouve refuge dans une famille joyeuse et bruyante, entourée d'enfants.

Steffi n'arrive pas à s'adapter à cette nouvelle vie. Elle a bien compris qu'elle ne reverrait pas de sitôt ses parents et elle se sent bien seule face à cette grande douleur. A l'école, elle devient le bouc-émissaire de ses camarades, qui se moquent de son accent, qui la regardent comme une bête curieuse. Elle attend chaque semaine, impatiente, des nouvelles venues d'Autriche.

Dans ce premier volet - Il y a 4 volumes en tout - , Nelli et Steffi voient leur vie bouleversée. Elles débarquent sur une île où les maisons sont rongées par l'humidité; elles sont accueillies les bras ouverts mais on leur impose une nouvelle religion. Steffi a peur d'oublier ses parents et se rebelle alors que la petite Nelli est tout à son bonheur de retrouver une famille.

Récit en 4 volumes (Une île trop loin, L'étang aux nénuphars, Les profondeurs de la mer, Vers le large). Malgré qq difficultés à entrer dans l'histoire au départ, j'ai vite "accroché" à l'histoire terrible de ces 2 jeunes filles et plus particulièrement de Steffi, le personnage principal, que l'on suit sur plusieurs années. C'est une vraie héroîne : courageuse, déterminée, prête à rendre service.

Ce roman a été primé au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil en 2003.

Une Ile trop loin / Annika Thor. Thierry Magnier, 2003 -

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19 octobre 2007

Amour, prozac et autres curiosités / Lucia Etxebarria

Lors de mes dernières vacances au Pays Basque, j'ai eu envie de découvrir une auteure espagnole depuis longtemps inscrite dans ma LAL : Lucia Etxebarria. J'avais lu à la fois des critiques élogieuses et d'autres acerbes, donc j'étais plutôt curieuse de me faire ma propre opinion.

Dans ce récit, on découvre 3 soeurs très différentes : Christine, la plus jeune, fille de la nuit, gavée d'ectasy, multipliant les expériences sexuelles mais toujours amoureuse du dernier homme qui l'a fui; Anna, l'aînée, parfaite femme d'intérieur, mariée, 1 enfant mais qui rêve d'une autre vie et se bourre d'anti-dépresseurs pour oublier celle-ci et enfin, Rosa, la cadette, véritable wonderwoman, qui jongle entre agenda et bilan financier mais qui rentre seule le soir dans son appartement high-tech et glacial.

Ces 3 soeurs ne se comprennent pas, ne se parlent pas et derrière tout cela, se dessine une histoire familiale, lourde et oppressante pour ces jeunes femmes, des drames personnels qui explosent à la figure quand vient l'âge des premiers bilans.

L'écriture est insolante, libre, sans censure mais le propos est fort. Chaque chapitre nous présente l'une des soeurs et tout s'enchaîne à merveille. C'est à la fois drôle, pertinent et émouvant. Je l'ai lu d'une traite. 

Amour, Prozac et autres curiosités / Lucia Etxebarria - 10/18, 2007

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01 octobre 2007

Terre des oublis / Duong Thu Huong

Terre des oublis

Miên vit dans un hameau perdu au coeur du Vietnam. Epouse d'un riche commerçant, tout bascule le jour où son premier mari, que tout le monde croyait mort, revient de la guerre après 14 ans d'absence. Miên décide de retourner vivre avec lui, contrainte par le poids des traditions et la communauté, éprouvant à la fois de la haine et de la pitié pour cet homme diminué mais fou d'amour pour elle. Mais elle ne peut oublier Hoan, son second mari, qui décide de quitter le village pour retourner commercer en ville.

Trois âmes torturées, trois destins liés où le poids du passé, la souffrance d'aimer sont magnifiquement contés par cet auteur avec subtilité et poésie. DUong Thu Huong sait décrire avec talent les odeurs, les saveurs et les paysages de cette contrée si lointaine.

Magnifique roman !

Terre des oublis / Duong Thu Huong - Sabine Wespieser, 2006 - 29 euros-

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